Les poèmes de Guy RENAUD

Monsieur Guy Renaud nous a quittés lundi matin 25 février nous laissant tous bien tristes. Depuis la création de l'association Castel-vie-et-joie en 1996, il assurait la vice- présidence. Toujours présent aux réunions, il apportait par ses connaissances, ses recherches sur la vie de     la commune et sur l'histoire en général, une contribution essentielle à notre association. C'était un homme remarquable, une figure de notre village, un homme chaleureux, communicatif, enthousiaste, toujours prêt à rendre service.

Sa vie s'est éteinte, mais nous ne pourrons pas l'oublier. Tous les objets qu'il a fabriqués, les nombreuses images qu'il a réalisées, le recueil de ses poèmes que l'association a édité en 2002 et dont nous conservons quelques exemplaires, ne cesseront de nous parler de lui.

Monsieur Guy Renaud laisse aussi le souvenir des personnages qu'il incarnait dans nos spectacles;   Dionysos , dans «le songe de Bacchus, «monsieur le curé dans «les scènes d'hier et d'aujourd'hui ». Un curé si vrai que les spectateurs croyaient voir en lui le curé de notre village. Toutes ces facettes de Monsieur Guy Renaud sont à jamais inscrites sur des images qui, chaque fois que nous les regarderons feront naître des émotions.

Il restera toujours présent dans nos pensées.

Pour l'association, Monique Ménager.


Retrouvez Guy RENAUD dans le film sur le balancier hydraulique


Son dernier poème :

       Adieu à tous       

 

Puisqu'il faut bien que toute chose vienne à terme,
J'ai fait mon temps sur Terre, le mien est arrivé.
C'est comme un livre lu qu'à la fin on referme :
Au monde du silence, mon coin est réservé.

J'aimais, de temps en temps, faire un petit poème ;
Quelques vers destinés à finir au panier ;
Ma vie est arrivée à sa limite extrême,
Ce sera celui-ci qui sera le dernier.

Adieu mes chers enfants, mes amis, mon village !
Je rejoins mon épouse dans l'ultime voyage,
Voyage sans retour, menant à l'infini.

En prenant le chemin qu'avaient pris nos ancêtres,
Je vais les retrouver. Ils m'attendent peut-être ?
Adieu vous que j'aimais ! Pour moi, tout est fini !.... 


Guy RENAUD nous avait habitué à lire un de ses poèmes sur la quatrième de couverture du P’tit Journal » Il écrivait aussi des contes. Il nous avait remis trois textes peu de temps avant sa mort.

Voici le premier d’entre eux :


 

La commune de Châteauvieux a eu la chance d'avoir un de ses compatriote qui était poète à ses heures perdues. Découvrez son talent dans les quelques poèmes qui suivent :

 

Vous pouvez emprunter à la bibliothèque l'ouvrage de Guy RENAUD qui regroupe ses meilleures poésies.


LE TEMPS PASSE !

 

Si j'ai en souvenir ce que fut mon travail,

J'ai quand même oublié bon nombre de détails.

Maintenant, au village, je traîne mes vieilles tripes,

Pas encore décidé pour y casser ma pipe.

J'écris quelques poèmes, je peins quelques tableaux,

J'apporte mon concours pour de petits travaux.

Par ces occupations, c'est le temps qui s'écoule

Et je me sens heureux, éloigné de la foule.

Je ne saurais vous dire ce que ça durera,

Enfin nous verrons bien ! Ce qui sera sera !

Les projets à long terme ne me sont plus de mise

Car hélas ! A la fin, il n'est pas de remise !

Il n'est plus rien de bon qui puisse m'advenir

Mais je fais mon possible afin de bien finir.

 


CHATEAUVIEUX

 

Dans le creux du vallon, la route se faufile

Suivie par les maisons qui bordent chaque côté.

Frôlant d'anciens lavoirs devenus inutiles

Coule l'eau des ruisseaux avec sérénité.

 

Ce coin du vieux Berry annonce la Touraine

Par des habitations taillées dans le tuffeau,

Et veillant sur l'ensemble de ce petit domaine,

Là-haut, sur la falaise, une église, un château.

 

Vieille église flanquée d'un ancien cimetière

Aux tombes abandonnées depuis déjà longtemps.

Il n'émerge de l'herbe que quelques vieilles pierres,

Ultimes souvenirs issus d'un autre temps.

 

Le château majestueux, de style renaissance,

Veille au-dessus du bourg, y montre sa beauté.

Il en est le joyau, il en fait l'élégance

Et il donne, au pays, l'originalité.

 

On peut courir le monde en quête d'aventure,

Mais on aura beau faire, il n'y a rien de mieux

Que de vivre tranquille, ici, dans la nature,

Et c'est bien pour cela que j'aime Châteauvieux.

 


AH ! C'TE GUERRE !

 

Bécassiau est parti en guerre,

Sans enthousiasme, c'est évident !

Il est allé vers la frontière

Dés qu'il fut armé jusqu'aux dents.

 

Un fusil du genre canne à pêche,

Datant de la prise du Tonkin,

Havresac, musette et pelle-bêche,

Bandes molletières et brodequins.

 

Ainsi harnaché, quelle allure !

Il sera bientôt à Berlin.

Pas de crainte pour que la guerre dure

Car l'Allemand n'est pas malin.

 

Pourtant c'est lui qui se fit prendre,

Ceci malgré tous ses efforts !

Voilà qui est dur à comprendre ?

On était pourtant les plus forts !

 

Alors le voilà chez les Boches

Bien plus vite qu'il n'avait pensé,

Mais tout au fond de sa "caboche"

Se dit que ça s'est bien passé.

 

On le mit dans une baraque

Bien gardée de tous les côtés ;

Ce n'est pas la vie de monarque,

Mais presque la sécurité.

 

Puis envoyé dans une ferme

Pour vaquer aux divers travaux,

Il s'y trouve un peu comme en "perme",

Parmi les cochons et les veaux.

 

Il n'est pas mal à la campagne !

Et puis, ici ou bien ailleurs !

La patronne est bonne compagne,

Et son plumard est des meilleurs !

 

C'est que la pauvre est bien seule,

Son bonhomme est chez les "Ruskoff",

Parti s'y faire casser la gueule

Pour les beaux yeux du père Adolf.

 

Un jour, la guerre cesse sa rage,

Voilà Bécassiau de retour.

Il est le héros du village

Et c'est vraiment son plus beau jour.

 

Tous les ans, fêtant la Victoire

A chaque huit mai revenu,

Il est auréolé de gloire...

Quand il a bien mangé, bien bu !

 

Les morts ont leur cérémonie,

Drapeaux, discoursÉ café-tabac !

Bécassiau, heureux de la vie

Se remplit gaiement l'estomac.

 


LE MARIAGE DE BECASSIAU

 

Qui ne connaissait la Lucie ?

Attentive à tous les propos,

Cette fille tenait sur le dos

Bien mieux qu'une lame de scie.

 

Elle avait peu d'intelligence

Mais possédait de beaux nichons,

Et sa connaissance des cochons

Palliait à cette insuffisance.

 

C'est au fond de son écurie

Que Bécassiau s'en vint un jour

Pour lui déclarer son amour,

Entre un verrat et une truie.

 

Une demande en mariage

En présence de pareils témoins,

Se devait être pour le moins

Aussi claire qu'un savant verbiage.

 

Un mois plus tard, à la mairie,

Tous les parents et les amis

Se sont retrouvés réunis :

Bécassiau épousait Lucie.

 

Puis la noce rejoignit la grange

Où étaient servies les boissons.

Elle y mangea, dit ses chansons,

Et finit en pleine vendange !